Un confinement, un vibro et un voisin très mignon

Elle avait d’abord eu du mal à prendre la chose sérieusement. Cela paraissait surréaliste. Confiner tout le monde ? Imaginer que chacun puisse rester isolé pendant des semaines, en réduisant sa vie sociale, ses sorties, ses interactions avec autrui ? Que les commerces, que l’économie, puissent ralentir ? Impossible.

Et puis, le premier lundi, il a fallu que Sophie se rende à l’évidence et décide rapidement de la meilleure manière de s’organiser, car le lendemain midi tout serait bloqué.

Rentrer chez les parents en Bretagne et vivre à cinq les uns sur les autres dans la maison familiale avec Jules et Manon, ses frères et sœurs, qui allaient certainement décider d’en faire autant ? Certes non.

Impossible de se concentrer et de préparer sérieusement les examens de fin d’année, qui auront lieu d’une manière ou d’une autre. Et puis quand on a sa liberté et sa tranquillité et que l’on est d’un caractère indépendant, ce retour en arrière est une concession difficile à envisager. Un seul choix s’imposait, rester dans son appartement du vieux Lille, qu’elle avait à peine eu le temps de mettre à peu près en ordre depuis son arrivée, presque deux ans auparavant lorsqu’elle avait intégré sa classe de prépa en post-bac.

Courses de premières nécessités, passage à la bibliothèque pour emprunter le minimum vital qui lui permettrait d’avoir de la matière pour son mémoire, mais aussi pour se changer les idées, et le confinement avait officiellement démarré.

Les premiers jours étaient passés très vite. Deux ans sans lever la tête du guidon, en enchaînant les nuits trop courtes, les journées trop longues et les colles incessantes et stressantes forgent des habitudes et un rythme dont il est difficile de se soustraire.

Lever presque habituel à 6 h 30, journées de travail mécaniques, les échanges avec les profs représentaient la majorité de ses interactions avec le monde extérieur.

Cependant, le confinement ne changeait que peu de choses à cet état de fait. À vingt ans, Sophie avait fait depuis longtemps le choix de mettre entre parenthèses sa vie personnelle pour se consacrer à ses études et se donner les moyens d’intégrer les meilleurs cursus.

Elle connaissait le prix à payer pour y arriver et acceptait volontiers, en temps normal, le fait de n’avoir pris qu’une semaine de vraies vacances ces deux dernières années, tout comme le fait d’avoir réduit ses sorties au strict minimum nécessaire pour décompresser de temps en temps un jeudi soir avec les potes de promo ou d’avoir cantonné sa vie sentimentale à deux ou trois tentatives catastrophiques provoquées sur des sites de rencontre.

Cependant, cette période sortait clairement de la normalité. Passées ces premières semaines où elle était restée en pilote automatique, les sollicitations pourtant si fréquentes des professeurs s’espacèrent. Le manque de visibilité sur la suite du programme attendu commença à faire faiblir sa motivation, et les journées s’étirèrent peu à peu.

C’est l’annonce du Premier ministre, pourtant attendue, sur la prolongation de la période de confinement qui lui sortit la tête de son programme et lui permit de remettre un pied dans sa réalité. Le podcast live de l’entretien avec Édouard Philippe tournait discrètement sur son PC lorsqu’elle eut confirmation de l’attendu. Un mois de plus… Tout un mois… Avec la meilleure volonté du monde, elle ne pourrait tenir si longtemps la cadence qu’elle s’était fixée.

Elle posa le stylo, prit un moment pour assimiler ce nouvel agenda, et décida qu’il était temps de changer un peu le sien. Après tout ce serait bien l’occasion de réinvestir cet appartement qui l’avait tellement séduite lors de son arrivée sur Lille et qu’elle avait finalement laissé terriblement en plan.

Plein centre, sa position en courée, en retrait de la rue (on accédait à la courée en question par une grande porte cochère, son immeuble étant quant à lui au fond de la courée) et au troisième étage, lui conférait un calme presque anachronique avec toute l’animation qui pouvait, parfois, régner dans le vieux Lille, en particulier les week-ends ou les soirs de fête.

Pourtant, elle se sentait parfaitement en sécurité et entourée. Ses nombreuses fenêtres lui donnaient une exposition ensoleillée tout au long de la journée, et lui livraient un vis-à-vis avec son voisinage qui ne l’avait jamais dérangée, mais plutôt rassurée.

À dire vrai, elle n’y avait jamais réellement prêté attention, mais un simple mouvement à la fenêtre d’en face ou à celle du côté lui donnait une sensation d’être entourée et de rester au cœur de la vie de la ville. En retour, elle ne s’était jamais formalisée de ce vis-à-vis, étant relativement peu présente au quotidien, qui pourrait se soucier d’épier les faits et gestes d’une étudiante passant le peu de son temps sur place le nez dans ses révisions. Elle ne s’était d’ailleurs jamais réellement préoccupée d’occulter ce vis-à-vis.

Le lendemain de l’annonce, Sophie décida donc de ne consacrer qu’une heure à son travail en cours et prit le parti de réorganiser complètement sa grande pièce de vie. Au sol, un parquet délimitait l’espace séjour / salon, servi par quatre belles fenêtres donnant sur deux côtés de l’immeuble (pignon gauche et façade) de la partie cuisine, carrelée.

Son bureau trônait habituellement là, maître de la pièce, et ses affaires s’organisaient (ou se désorganisaient plutôt) autour de lui dans un imbroglio qu’elle seule savait gérer. Elle commença donc par prendre le temps de désencombrer table basse et fauteuil, la Kalax Ikea (bibliothèque 4 étagères, 60 x 40 x 180) qui dormait sous le lit dans son carton fut érigée afin d’accueillir le capharnaüm littéraire restant tant est si bien qu’après trois heures de labeur, Sophie put enfin se poser dans un salon qui avait retrouvé une apparence normale.

La journée était chaude, et le soleil du midi comme l’activité n’avaient cessé de réchauffer encore l’atmosphère de l’appartement. Si elle avait commencé sa journée dans sa tenue décontractée habituelle, le jogging avait rapidement rejoint le panier de linge et ne lui restaient plus qu’un t-shirt et une culotte légère quand elle ferma les yeux pour apprécier pleinement la satisfaction du travail accompli et de cet espace retrouvé.

Les fenêtres ouvertes laissaient passer une légère brise des plus agréables dans cet étouffement général. Dans la langueur de ce repos, les yeux toujours clos, elle n’arrêta pas sa main lorsque celle-ci, nonchalamment, parcourut sa poitrine par-dessus son t-shirt qu’une légère transpiration avait rendu humide. Elle montait, descendait, de son cou à son nombril, effleurant, caressant tout sur son passage. Depuis combien de temps ne s’était-elle plus occupée d’elle-même, ne s’était-elle autorisé son propre plaisir ? Depuis combien de temps n’en avait-elle pris avec autrui ?

Sébastien, son sourire, ses yeux… C’était juste après la rentrée, en première année. La semaine d’intégration avait été intense, et sacrément festive.

Elle l’avait tout de suite remarqué. Ce n’était pas le plus balèze, ce n’était pas le plus frimeur, mais il avait eu un charme fou lorsqu’il l’avait sortie d’une situation périlleuse (« Allez Sophie, montre-nous tes fesses, allez Sophie, montre nous ton… ») en parfait gentleman. Elle lui avait rendu la pareille et sauvé la mise en lui trouvant un prétexte pour esquiver un défi qui coûta un renvoi à celui qui le remplaça pour le faire.

Ils avaient pris la fuite dans les couloirs du lycée, et c’est dans un recoin d’escalier qu’il l’avait embrassée, dans un éclat de rire qui s’était changé en une tension sensuelle lorsqu’elle avait rivé ses yeux dans les siens. Le baiser avait duré, leurs langues s’étaient jointes de plus en plus langoureusement, et lorsque les mains de Sébastien s’étaient aventurées sous son jean, sur ses fesses, effleurant délicatement la couture extérieure de son tanga, elle l’avait laissé faire. La sonnerie avait retenti pour les lycéens, et elle n’avait que peu d’importance pour les prépas, ils avaient du temps.

Elle lui avait passé les mains sous le t-shirt, lui avait caressé le dos et le torse avant de descendre, plus bas, plus bas, et de s’attarder sur le haut de son pantalon, n’y aventurant que le bout des doigts. Elle le sentait, retenir sa respiration, lui laisser place, et c’est par provocation qu’elle lui posa l’index sur les lèvres en lui intimant l’ordre tacite de se taire pour descendre plus avant et le déboutonner.

Elle avait bien mesuré son effet, car le boxer qu’elle ne tardait pas à baisser ne cachait rien de son désir, et lorsqu’elle le prit en bouche, là, dans ce couloir, il était déjà à elle.

Sophie s’était alanguie, sa culotte avait roulé sur l’une de ses chevilles, et son autre jambe était relevée sur l’accoudoir de son fauteuil. Elle aurait juré que la température n’avait cessé d’augmenter dans l’appartement. Sa main avait étendu le trajet de ses allers-retours pour s’attarder de plus en plus bas vers son intimité. Elle s’effleura du bout de l’index, légèrement, ne se pénétrant qu’à fleur. Lorsqu’elle caressa, à peine, le cœur de son désir, elle s’électrifia. Tellement longtemps…

Le mouvement fut imperceptible, à sa gauche, peut-être un reflet, peut-être le mouvement d’un rideau, peut-être la sensation d’être épiée s’était-elle amplifiée, mais elle en était certaine. Dans l’immeuble donnant sur les fenêtres de gauche, quelque chose avait bougé à l’extrémité de son champ de vision… Meeerde, le voisin. Et pas un rideau de tiré dans son appartement, pas une once de discrétion. En un mouvement rapide, elle récupéra les quelques éléments de tenue qu’elle put trouver à sa portée, traversa le salon en coup de vent pour se retrouver dans sa chambre et passer dans la salle de bains. Douche froide.

L’eau ruisselant sur son visage lui fit reprendre pied peu à peu. Le rideau qui avait bougé était celui d’un appartement de l’immeuble à gauche, son vis-à-vis direct, au même étage, si elle ne s’était pas trompée. Elle rassembla ses souvenirs. Elle avait déjà entraperçu le gars qui vivait à cet endroit. Mignon, discret, vingt-cinq ans, pas plus, sans doute au moins aussi timide qu’elle puisqu’il lui avait ouvert la porte cochère sans que l’un ou l’autre n’ait réussi à démarrer la moindre bribe de conversation. Bon, au moins ce n’était pas un vieux pervers qui l’avait matée en douce. Au moins quelqu’un de sympa aurait-il gagné sa journée… Basta !

Sophie sortit de la salle de bain et regagna sa chambre, la serviette autour de la taille. Dans cette pièce, au moins, aucune chance de se faire épier par le voyeur du jour ni d’ailleurs par quiconque. Ce côté de l’appartement donnait sur un espace vide sur des centaines de mètres et disposait, par ailleurs, d’une vue sublime sur l’arrière de la Chambre de Commerce et d’Industrie qui brillait de mille éclairages la nuit venue.

Sébastien… Ça n’avait guère duré. Il n’avait pas tenu le rythme de la prépa. Il fit partie de la première vague de départs de la promo, et cette fois-là, le boulet siffla proche aux oreilles de Sophie. Conseils des profs, entretiens individuels, assiduité limite, travail fourni en deçà des exigences… Elle se l’était tenu pour dit et avait coupé les ponts avec lui, avec les sorties, avec la fête, et avec la vraie vie, d’une certaine manière. Ça faisait donc presque deux ans… Mince quoi, le constat était amer. Deux ans qu’elle n’avait même plus vraiment cherché à plaire…

Elle laissa tomber la serviette devant son dressing, et prit le temps de se contempler dans l’imposant miroir qui l’ornait. Elle n’avait jamais eu besoin de s’entretenir pour garder une finesse inchangée depuis des années. On l’avait taxée de privilégiée pour ce « don », mais tout ce qu’elle n’en avait jamais vu n’était qu’une silhouette immuable de collégienne qui la désespérait de candeur. Ses cheveux d’un noir de jais lui tombaient sur une épaule, un con d’auteur de romans à l’eau de rose aurait qualifié ses seins de poires fermes aux aréoles brunes et tout ce qu’on veut. La vérité, c’est que, sans être un sujet de grande fierté, elle ne se sentait pas trop mal lotie de ce point de vue. Elle entretenait une mince toison sur son intimidé, pour qui ? pour quoi ? elle n’aurait su le dire en cet instant. Si elle avait eu un peu de temps, un peu d’envie, elle aurait pu faire de la photo, elle aurait adoré poser, se sentir observée, détaillée, mise en image.

C’est à cet instant qu’elle y repensa. Où était-ce déjà ?

Elle retrouva le sachet dans le fond du casier le plus bas de son dressing, écrasé par les draps de rechange qu’elle rangeait là en partie par commodité, en partie pour que sa mère ne tombe pas sur le sachet en question dans une crise de rangement exacerbée. Elle-même l’avait finalement complètement oublié.

Elle l’ouvrit pour y trouver ce qu’elle cherchait. Quelques achats, de la fin du lycée, et de la brève période avec Seb, elle n’en avait tellement plus eu l’utilité qu’ils avaient été remisés à cet endroit…

Elle reconstitua d’abord son ensemble trois-pièces noir, son arme fatale comme disait Seb ; elle sourit tant à ce souvenir qu’à la sensation de sensualité que dégageaient le soutien-gorge, le tanga échancré en diable et le porte-jarretelles assorti qui complétait la panoplie. Elle enfila sans attendre les deux premiers et se contempla une nouvelle fois. Différemment. Il est vrai, qu’outre le fait de sublimer aux yeux des autres sa silhouette, ce genre de tenue vous sublime en premier lieu à vos propres yeux. Elle se tourna et se retourna, les pièces lui allaient toujours comme un gant, sa poitrine prenait une rondeur des plus gourmandes quand ses fesses se sublimaient de galbe.

Elle poursuivit donc son inspection. Une guêpière, l’avait-elle seulement mise une fois ? Quelques strings et soutifs plus osés que ce qu’elle n’avait pris l’habitude de mettre au quotidien, un autre porte-jarretelles, des talons noirs… Elle examina les quelques paires de bas qu’elle avait pu laisser là et se ravit de retrouver une paire de Cervains encore emballée, couture à l’arrière, douceur totale.

Et dans le fond du sachet, un objet. Pour le coup elle l’avait complètement oublié celui-là. Elle se souvint instantanément. C’était pour son anniversaire, ses dix-huit ans, soirée avec les copains, bien sympathique, pas très longtemps avant de quitter la Bretagne. Ç’avait été un coup des mecs, lors de la remise des cadeaux. Entre les cartes de vœux de réussite, les bouquins, les fringues et autres accessoires de circonstance, ils s’étaient payé le culot de glisser le vibro dans le lot des paquets. Éclats de rire au déballage, vannes, fausses pudeurs de celles qui sont surprises de découvrir ce type d’objet pour la première fois en vrai et de celles qui font les surprises, beaucoup de vannes, et finalement l’objet avait directement trouvé sa place, à peine déballé, au fond du sachet par peur que quiconque dans la famille ne tombe jamais dessus. Pas du tout assumé.

De l’eau avait coulé sous les ponts. Elle avait bien mûri, et surtout, aucun parent à moins de dix heures de route de Lille. L’objet n’avait sans doute jamais démarré.

Elle l’examina. Il n’était pas si mal, ce délire. Les mecs avaient tout de même fait les choses bien ; un modèle avec une grande tête, et une plus petite, le genre qui impressionne un peu quand on le voit, sympas au toucher en tout cas… Elle resta un moment bête, avec la bête dans la main. Merde pourquoi pas, après tout… Elle retourna le sachet, pas de chargeur. Elle examina l’engin et ne tarda pas à trouver une connectique micro USB. Elle avait ça, elle le brancha, on verrait bien.

Toutes ces redécouvertes lui avaient fait monter le rouge aux joues. Elle passa rapidement une robe, et retrouva le salon. L’après-midi touchait à sa fin. Dans le frigo, une bouteille de vin blanc, achetée lors de la dernière venue des parents n’avait pas été débouchée. Elle se servit un verre, se posa dans le fauteuil, démarra le PC et l’enceinte Bluetooth, YouTube, Miles Davis en live, Human Nature… Quand le PC passa automatiquement sur la musique suivante, Time after Time, le deuxième verre était vide, et Sophie s’endormit.

Sa nuit avait été agitée, le vin blanc sans doute, le changement de rythme également, le retour d’un mode de vie un peu plus centré sur elle-même ne devait pas non plus y être pour rien. Elle s’était réveillée tard le lendemain, avait profité de sa journée au ralenti, pas la moindre envie de se mettre au travail et c’était la première fois depuis deux ans. Elle tomba sur le vibro qui semblait chargé, appuya brièvement sur le bouton de démarrage, mais l’engin resta muet, pas la moindre réaction. Sophie ne sut dire si elle en fut déçue ou simplement navrée en repensant à ses potes de l’époque qui ne sauraient jamais que l’engin ne servirait même pas une fois hormis pour la blague.

Elle se décida quand même à le nettoyer un bon coup et à le poser à côté du lit. Même inerte, peut-être se déciderait-elle à tester un objet autre que ses doigts pour la première fois ? Le simple fait d’y penser la laissa sceptique. Le confinement avait décidément de drôles d’effets, y compris sur sa libido endormie.

Elle avait fait ce rêve à plusieurs reprises la nuit précédente : provoc, érotique. Quelque chose qui ne lui ressemblait pas. Et ce rêve vint la retrouver les deux nuits suivantes, de plus en plus pressant, de plus en plus concret. Elle avait été gênée de se sentir épiée par le voisin, certes, mais passé l’effet de surprise, elle devait admettre que le fait d’avoir été l’objet d’une attention, d’imaginer que l’autre ait pu retenir son souffle en la regardant, attisait une chaleur qui la dévorait peu à peu et lui faisait imaginer qu’elle…

D’ailleurs elle l’avait de nouveau entraperçu à distance. Tantôt discret, derrière les rideaux, jetant de vains coups d’œil furtifs, histoire de s’assurer que rien de semblable à la dernière fois ne soit en train de se produire. Tantôt visible, il s’affichait ostensiblement, fumant une cigarette à la fenêtre et feignant de s’intéresser à la beauté du beffroi de la CCI. Elle avait, en tout cas, pu apprivoiser ce voisinage. Il était mignon d’ailleurs, elle n’aurait pas dit beau ou hyper attirant, mais en tout cas loin d’être repoussant ou désagréable, et chaque fois, ce regard furtif, intéressé, mais respectueux et pas lourdingue.

Alors pourquoi pas ? Finalement, pourquoi ne pas essayer de rendre le petit fantasme qui avait grandi en elle réel ? Elle avait envie de concrétiser ce qu’elle s’était vu faire en rêve, et dans cette réalité de confinement elle ne prenait que peu de risque, mais le plaisir de la mise en pratique la grisait.

Son public serait au poste, c’est bien l’avantage du confinement que de garantir la présence des gens chez eux. Alors elle profita de cet après-midi-là pour se préparer. La douche dura, elle prit le temps de profiter du miroir pour le maquillage, le rouge à lèvres, les détails qui font toute la différence. Au cours de ses préparatifs, elle posa un livre épais sur sa commode, sans prendre garde qu’il reposait en partie sur le vibro amorphe qui y dépérissait depuis quelques jours. Elle sursauta quand elle entendit l’objet se mettre en fonction, incrédule. Examina la situation… Bon sang, il suffisait d’appuyer longtemps sur le bouton pour le démarrer ! Elle le disposa discrètement au pied de son fauteuil, juste au cas où…

Elle attendit que la lumière du jour descende et que les éclairages d’appoints fussent nécessaires pour faire une lumière d’ambiance dans sa pièce. Suffisamment pour être vue, pas assez pour que ce qui est vu ne soit trop cru. Ses fenêtres étaient ouvertes, le volume de l’enceinte réglé de manière qu’il pût être entendu à l’extérieur lorsqu’elle démarra la musique. Joe Coocker, You can leave your hat on. Elle laissa passer les premières mesures de la chanson avant de commencer à onduler et à prendre la pose.

Comme elle l’avait prévu, un mouvement presque imperceptible s’était produit derrière les rideaux, en face. Elle n’avait aucun doute, il était là, et l’observait. Alors elle se dit qu’elle ne ferait pas marche arrière et qu’elle jouerait ce jeu à fond.

« Baby take of your coat »

La veste légère glissa le long de ses épaules, libérant ses cheveux, lui tombant dans la main avant d’être envoyée baladée au milieu du salon. Elle souffla, en se laissant porter plus amplement par la musique, le ton était donné.

« Real slow »

« You can leave your hat on »

C’est à la fin du premier couplet qu’elle avait décidé de tourner le dos à la fenêtre et de descendre lentement le zip du dos de sa robe cintrée, très lentement, afin qu’il devine qu’elle n’était pas simplement nue dessous, et que son agonie durerait terriblement.

La robe tomba à ses pieds, elle l’enjamba habilement avec ses talons pour la pousser à un endroit où elle ne la gênerait plus. Son voyeur devait à présent savourer sa vue de dos, l’ensemble trois-pièces noir complété des bas Cervains, ses cheveux bouclés retombants sur l’une de ses épaules qu’elle avait pris soin de dénuder de la bretelle de soutien-gorge en la faisant glisser.

Frisson, elle en avait la chair de poule, mais il n’était plus l’heure de cogiter.

« Turn on the light »

Elle se retourna, fit face à la fenêtre, provocatrice. Il était là, plus de rideau pour se cacher, plus de macho à la cigarette, il était là et il était sous le charme. Bien.

Le second couplet… Elle planta les yeux droits dans les siens quand elle dégrafa le soutien-gorge qu’elle fit glisser dans l’une de ses mains en couvrant sa poitrine de son autre bras. Elle le tint un moment de manière dédaigneuse au-dessus de sa tête avant de le laisser tomber de manière tout aussi dédaigneuse au sol. Elle entama la suite de la danse les deux bras en l’air, ne cachant plus rien à son mateur qui, bien qu’il eût retrouvé un peu de contenance en s’appuyant à sa fenêtre, ne pouvait plus la lâcher du regard.

Coup de grâce. Elle avait pris le soin de passer le tanga par-dessus le porte-jarretelles, se retournant une nouvelle fois, elle prit une pose de pin-up provocatrice en lui présentant ses fesses qu’elle dénuda en se baissant et en accompagnant la chute du léger bout de tissu.

Quand elle se retourna, cette fois, son t-shirt à lui était tombé. Il était bien foutu, en fait. Sans forcément avoir fait de salle, on voyait qu’il s’était entretenu. Ses pecs étaient affirmés, il n’avait pas de ventre, décidément cela aurait pu être bien pire…

Elle n’avait pas prévu d’aller plus loin, l’idée initiale s’arrêtait là, peut-être une courbette, peut-être une pirouette, mais une disparition, d’une manière ou d’une autre.

Cependant, la tension était perceptible, palpable, Sophie continuait à suivre le rythme d’une musique qui avait déjà changé, langoureusement, doucement. Lui ne la quittait toujours pas du regard. Il déboutonna son short, il ne portait rien dessous, et révéla une érection complète, vigoureuse et des plus esthétiques dans cet éclairage. Dans ses mouvements, elle rapprocha et orienta le fauteuil du bout du pied afin de pouvoir s’y poser. Elle ne portait plus que porte-jarretelles et bas. Elle choisit de ne pas lui faire face directement, mais de rester de trois quarts et exagéra délibérément ses gestes lorsqu’elle souleva le bassin pour passer sa main le long de son corps, de ses seins érigés, de son bas-ventre. Il avait pris sa verge en main et commençait un va-et-vient explicite et sans pudeur qui chauffa les sens de Sophie.

Elle fit glisser son majeur et uniquement lui, en partant de son nombril, jusqu’à dans son sexe trempé avant de le ramener à sa bouche montant une fois de plus la provocation qui s’était instaurée. Elle se dit que la limite avait de toute façon était franchie, qu’il n’y aurait plus de retour en arrière. Elle délaissa donc un instant son partenaire du soir pour récupérer le jouet resté au pied du fauteuil. Un appui long sur le bouton de démarrage, un appui court pour changer la fréquence des vibrations… OK.

Elle reprit sa place dans le fauteuil, choisit la vitesse de base sur l’appareil et l’introduisit en elle. La vibration provoqua une décharge quasi immédiate. Cela faisait un si long moment qu’elle n’avait ressenti l’effet d’une pénétration et cette nouvelle sensation vibratoire y ajoutait un effet terriblement efficace. Son corps se cambra complètement sur le dossier du fauteuil qui manqua de basculer.

En face, le va-et-vient discret s’était changé en une masturbation nette. Son sexe était de bois, vraiment bien taillé et son expression ne laissait aucun doute sur le plaisir que pouvait apporter le spectacle offert. Elle n’eut aucun doute sur le moment où il jouit, tous ses sens le lui avaient indiqué et cela déclencha en elle le déclic nécessaire pour qu’elle se laisse aller à son tour. Le spasme fut profond, violent, libérateur. Plusieurs mois d’abstinence libérés en un orgasme fulgurant.

Elle se laissa retomber, épuisée. Lui tenait sa place à la fenêtre, ne la quittait toujours pas du regard. Elle se leva, s’approcha de quelques pas, lui sourit et fit une courbette juste avant d’éteindre complètement les lumières de l’appartement.

Elle le vit faire, à l’aveugle puisqu’il ne la distinguait plus, la mimique exacte de cette courbette, avec un sourire complice, et les rideaux se refermèrent.

Elle s’écroula sur son lit, repue, et même si elle n’avait aucune idée de la suite que prendrait ce confinement, elle avait la conviction qu’il aurait au moins eu le mérite de lui faire reprendre pied dans la réalité.

 

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